Vous êtes ici > Accueil > Publications > La revue Culture Clown > Culture Clown n°22

Publications

Culture Clown n°22

Juin 2015

À la vie, à la mort !
Le clown passeur

  • SOMMAIRE n°22

    Édito : L’entre-mise des clowns dans l’entre-deux par Jean-Bernard BONANGE

    1. En création : le Clown et la Mort en spectacles

    • Nécromédie” d’Amédée Bricolo. Mêler le quotidien et le mythe de la mort. Interview d’Amédée BRICOLO par Bertil SYLVANDER
    • Emma Mort, même pas peur” d’Emma la clown. Un spectacle thérapeutique ? Vu par Adeline TAILLANDIER
    • Silence, on passe” des Mortadelles. Le clown passeur de nos frontières intimes par Françoise EINSWEILER et Marie-Claude THEODAS
    • La Débâcle” de Germain Cremer. Jouer la mort en passant… avant d’y passer par Bertil SYLVANDER
    • Avec Modération” de Manicomi Théâtre. L’alcool, la mort au bout du parcours et le clown apparaît par Martine JULIEN

    2. En intervention : clowns en milieux de soins

    • Avec le clown, rester vivant jusqu’à la mort. "Oser jouer avec ce qui est là" par Bertil SYLVANDER
    • Bâtir des ponts entre des mondes différents. Le clown source de vie par Denis BERNARD et Julie KERBAGE
    • Les Envolées, clowns des passages. Sous le regard de l’accompagnant médiateur par Pascale GONDEBEAUD et Agnès BUFFET
    • La vie jusqu’au bout de la vie. L’impact du clown en milieu palliatif par Nathalie GRIVEL
      ©Jiho

      - Vivre et mourir sous les Neztoiles. Regards croisés sur une pratique entre le clown et le soin, l’art et le processus de transformation au seuil de la mort par Sandra MEUNIER, Emmanuel CLAIR, Adeline TAILLANDIER, Géraldine THIERSAULT

    3. Autres regards sur l’entre-deux

    • Clowns face au monstre de la violence en Colombie. Pour passer des larmes aux rires par Ana Milena VELASQUEZ ANGEL
    • Le clown, passeur de la mort à la vie. Un rite initiatique vers d’avantage de vitalité par Philippe ROUSSEAUX
  • Édito

    Voici, enfin, le n°22 de Culture clown ! Un an et demi s’est écoulé depuis le n°21 et nos abonnés étaient en droit de s’inquiéter ! Il faut dire que le Centre de Recherche sur le Clown Contemporain qui édite la revue est en pleine mutation*… ce qui a retardé sa sortie et sa transformation annoncée dans le n°21. Nous avons donc gardé son format habituel dans cette phase d’entre-deux que nous traversons. Or il se trouve que le thème de ce numéro est symbolique de l’entre-deux puisqu’il situe le Clown comme un passeur**, entremetteur se positionnant sur le passage entre deux mondes.

    En quinze ans de parution, notre revue a souvent abordé cette fonction du Clown mettant du jeu, du lien, de la circulation, entre nos échecs et nos réussites, entre nos souffrances et nos plaisirs, entre nos ombres et nos clartés, et aussi entre le réel et l’imaginaire, entre le poétique et le politique, entre la scène et le public… Pour ce dernier numéro de sa formule actuelle, Culture clown ose explorer comment le Clown funambule déploie son jeu entre la vie et la mort (tel Charon dans la mythologie grecque***) et mise sur la vie... jusqu’au bout !

    • La première partie de notre dossier nous amène sur le terrain de la fiction et du côté de la scène spectaculaire. Vous y découvrirez l’expérience d’acteurs et actrices clowns qui se sont lancé-e-s dans une création sur le thème de la Mort, ce personnage si présent dans notre culture sous les traits de la Faucheuse****. Les cinq spectacles évoqués sont tous devenus une façon drôle et vivante de nous confronter à la question de notre propre mort.

    • La seconde partie nous ramène sur le terrain de la réalité sociale où des clowns interviennent auprès de personnes vulnérables et/ou en fin de vie. L’espace de rencontre et de jeu que les clowns ouvrent dans ce contexte délicat est là encore funambulesque... D’ailleurs, ce type d’interventions est devenu un vrai métier exigeant et impliquant. Chaque expérience présentée dans ces pages développe une approche sensible et créative des enjeux de cet entre-deux qui nous concerne tous… Et chacun des cinq témoignages rassemblés nous donne des pistes de travail, que ce soit en tant que personne ou en tant qu’acteur-clown : « oser jouer avec ce qui est là » (B. Sylvander), « une communication au présent où chacun est acteur et créateur de ce qui s’invente » (D. Bernard et J. Kerbarge), « ce filet de vie que l’on a continué de tisser… une sorte de dignité retrouvée au contact des clowns » (P. Gondebeaud et A. Buffet), « la vulnérabilité du clown est la clef de voûte de ce travail » (N. Grivel), c’est du point de joie en moi que je peux apaiser l’autre » (S. Meunier).

    • En complément à ces deux terrains, deux auteurs évoquent successivement l’entre-deux social exploré par les clowns face à la violence (A. Velasquez) et l’entre-deux personnel exploré en formation (P. Rousseaux).

    Pour dépasser l’idée de séparation entre la vie et la mort, empruntons à Daniel Sibony***** sa réflexion sur l’entre-deux : « L’entre-deux est une forme de coupure-lien entre deux termes, à ceci près que l’espace de la coupure et celui du lien sont plus vastes qu’on ne le croit ; et que chacune des deux entités a toujours partie liée avec l’autre ».

    Ainsi le Clown, navigateur empathique de l’entredeux, tisse des liens précisément à l’endroit (et à l’envers) le plus fragile de notre humanité !

    * Voir les infos du CRCC en 3ème de couverture.

    ** Hélas, l’actualité a donné une image très négative à d’autres "passeurs", ceux qui exploitent les migrants et les envoient souvent de la vie vers la mort sur des bateaux pourris en Méditerranée… A l’opposé, ce dossier en témoigne, le clown prend le parti de la vie dans son accompagnement de passages pleins de vie.

    *** Charon passeur des Enfers chargé de mener sur sa barque les âmes des personnes défuntes jusqu’au royaume d’Hadès.

    **** La Mort a été représentée en tant que figure anthropomorphe et personnage fictif dans de nombreuses mythologies et cultures populaires. Dans le folklore occidental moderne, la Mort est représentée comme un squelette portant une toge noire avec capuche et une grande faux... C’est ce que nous retrouvons, au fil de ce n°, dans les dessins de Jiho et dans les spectacles d’Amédée Bricolo et d’Emma la clown.

    **** D. Sibony, Entre-deux. L’origine en partage, Editions du Seuil, 1991.


      Pour lire la suite de l'article, commandez la revue
  • 1. En création : le Clown et la Mort en spectacles

  • "Nécromédie" d’Amédée Bricolo

    Mêler le quotidien et le mythe de la mort

    Interview d’Amédée BRICOLO par Bertil Sylvander

    Extraits du spectacle :
    ©Jiho

    Une voix en fond de salle : M. Bricolo, il y a une lettre pour vous !
    Amédée (étonné) : Pour moi ? C’est pas vrai ! Merci Monsieur ! (Il est fier, mais dès qu’il voit la lettre) Vous êtes sûr que c’est pour moi ? (L’enveloppe est cerclée de noir, Bricolo prend peur) C’est mon tour, youpi ! Je vais mourir, oui, c’est écrit là, noir sur blanc. À ce qui paraît c’est le plus beau jour de la vie ! (Il pleure) On met ses plus beaux habits…. Et en route ! J’ai été choisi (Il pleure, regarde vers le public) Puis, avec vous tous qui êtes venus, ça va faire un bel enterrement. (Bricolo rit) Si vous voulez bien, je vais faire les condoléances avant...
    JiHo

    Amédée BRICOLO

    [Plus loin…]
    Bricolo monte et se place dans le cercueil, seul, il pousse un cri et ressort :

    Aïe ! Aïe ! Je me suis mis une écharde dans le doigt… Ça commence très mal !... Je sais pas comment ça va finir tout ça ! (Il secoue son doigt blessé)
    Je vais faire un pansement avec le mouchoir de la dame, mais s’il y a une infection, on saura d’où ça vient...


    Tant qu’il entend rire son public, un clown ne peut pas mourir.

    Nécromédie c’est en fait l’histoire d’un petit clown qui n’avait jamais osé rire que dans ses petits souliers, et qui décide de conduire à tombeau ouvert : superbe !

    Un cercueil - un beau cercueil même ! - s’en trouvera brusquement à moitié plein ou à moitié vide, selon qu’à travers lui on regardera vers la mort ou vers la vie. Si tout se passe bien, Amédée Bricolo sortira presque sain et sauf de cette poursuite burlesque et infernale. Si tout se passe bien .... Car, ce que la mort ne sait pas, c’est que tant qu’il entend rire son public, un clown ne peut pas mourir. La mort acceptera-t-elle la règle d’un jeu qui n’est pas le sien ? D’ailleurs a-t-il le droit de faire autre chose ? Il a le droit de tricher, même et surtout quand il s’agit de mourir car un clown est-il encore clown s’il se laisse aller à mourir "pour de vrai", devant son public ? Bricolo veut bien mourir un peu, mais pas trop.

    Le spectateur ne saura jamais sur quel pied danse Bricolo, sur celui que la mort cherche à tirer vers le cercueil, ou sur celui que les rires maintiennent obstinément dans la vie ?

    Bernard Proutau.

    Contact : Cie Amédée Bricolo - http://www.amedee-bricolo.org/


      Pour lire la suite de l'article, commandez la revue
  • "Emma Mort Même pas peur" d’Emma la clown

    Un spectacle thérapeutique ?
    par Adeline TAILLANDIER (A Fleur de clown)

    Beaucoup de personnes sont venues s’aventurer, en ce soir d’octobre, en compagnie de Meriem Menant, sous les traits d’Emma, vers … la Mort !

    Emma, chapeau noir habituel vissé sur la tête, fait preuve de la générosité et de l’engagement bien connus du clown ! Emma est donc "opé" (opérationnelle) et elle va "expérimenter la mort pour toi Public !".

    Prenant son courage et son nez … à deux mains, elle va donc traverser vaillamment ou presque les différentes étapes qui font passer l’être humain de vie à trépas. Passages non seulement corporels, mais aussi culturels, légaux, spirituels…

    Web : emmalaclown.com


      Pour lire la suite de l'article, commandez la revue
  • "Silence, on passe !" des Mortadelles. Le clown passeur de nos frontières intimes.

    Françoise EINSWEILER et Marie-Claude THEODAS (Les Mortadelles)

    1. Notre parcours de création
    Un fond de commerce éternel
    Naïves et aventurières, Rose et Pivoine ont déjà essayé de franchir le Styx maintes et maintes fois.
    Une convocation pour le grand voyage et les voilà qui s’embarquent joyeusement car l’au-delà est une destination qui les fait vivre…

    Les Mortadelles

    2. Regards
    Mourir, la belle affaire !

    Cela pourrait commencer ainsi :

    • Tu joues quoi en ce moment ?
    • Un spectacle clown avec un duo de femmes clownes.
    • Ah chouette cela doit être bien. Et votre propos ?
    • Elles sont convoquées pour le dernier voyage
    • Ah, tu veux dire la mort ?
    • Oui, les passages dans l’au-delà

    Silence… Cela refroidit, voire fait naitre de la stupeur ! Comment, où, pour qui programmer ce genre de spectacle ?
    Contact : "Silence, on passe ! " spectacle des Mortadelles

    La Cie du Bout du Nez (Belgique)


      Pour lire la suite de l'article, commandez la revue
  • "La Débâcle" de Germain Cremer

    Jouer la mort en passant… avant d’y passer
    Bertil SYLVANDER

    ©Jiho

    Germain Cremer était un grand clown, mort prématurément en août 1994. Son spectacle, "La Débâcle" que j’ai mis en scène, était étrangement prémonitoire* : de nombreux moments revus après coup donnent cette forte impression.

    Il s’agit de l’histoire d’un clown - Gilbert Grisou - qui revit devant nous son aventure en Alaskamchatchka… Impossible de raconter une heure de spectacle mais voici trois extraits du texte du spectacle qui témoignent de la tragédie d’une mort annoncée, si proche et si précoce… Y repenser aujourd’hui est troublant et ravive notre peine d’avoir perdu un tel ami et un tel clown !

    * Cela rappelle l’affirmation de Jung selon laquelle certains rêves sont à l’évidence des prémonitions.


      Pour lire la suite de l'article, commandez la revue
  • "Avec Modération" de Manicomi Théâtre.

    L’alcool, la mort au bout du parcours et le clown apparaît.
    Martine JULIEN (Manicomi Théâtre)

    "Avec Modération "un spectacle de clown de théâtre, de chansons et de marionnettes...

    Avec Manicomi Théâtre, nous avons l’habitude de répondre à des commandes. En 2008, la Mairie de Grenoble nous demande, pour ses 3000 employés, un spectacle pour clore une campagne sur le thème de l’addiction à l’alcool. Elle veut quelque chose de ludique de festif et de profond à la fois. Je me coltine alors à l’écriture. Après avoir longuement interviewée madame M., les idées fusent. Je vois qu’ il faut faire une sorte de résumé de tout ce qui tourne autour de l’alcool.
    Manicomi Théâtre

    Notre grande préoccupation est d’arriver à dire un certain nombre de choses sans être didactiques chiants, ni roboratifs. J’imagine un couple de bons vivants ayant de vieilles habitudes festives et de boissons. L’alcool, ça commence toujours par la joie, allons-y ! j’imagine un départ sans nez rouge, madame M n’ayant pas franchement formulé l’idée d’un spectacle de clowns. Je pense aussi à la musique, à des chansons, je vois une sorte de comédie musicale... Je fais confiance à ma main, comme en peinture.. à mon clown comme... en clown ! Et zou, c’est parti !

    Contact : Manicomi Théâtre


    Martine Julien

    Après avoir étudié avec Lecoq puis Etienne Decroux, elle fonde plusieurs compagnies de théâtre, puis rencontre le clown en 1985 avec le Bataclown. Au Québec elle fait une maîtrise en théâtre à l’UQUAM sur le thème du clown poète en action où elle y étudie, dans le mémoire d’accompagnement de son spectacle "Houbas clowns !", la différence entre le travail du clown chez Lecoq et au Bataclown ainsi que sa propre pratique. Elle joue avec plusieurs compagnies nord américaine dont le célèbre Théâtre UBU Puis de retour en France, elle crée avec Manicomi théâtre le "Point de vue du clown" à Grenoble et pratique cet exercice dans toute la France depuis 1994. Elle y co-crée de nombreux spectacles clownesques sur de thèmes de société, travaille et joue la commedia dell’arte avec Carlo Boso, crée aussi des spectacles de chansons françaises et retourne au texte avec Nathalie Sarraute. Anime de nombreux ateliers d’abord de théâtre puis de clown depuis 1980.
    "Touche à tout certes, mais fière de l’être... rapide en surface, lente en profondeur, j’aurais pu mieux réussir une carrière d’actrice, et je dois au clown d’avoir pu faire une sorte de synthèse de mes faiblesses et de mes manques".

    Contact : Manicomi Théâtre
    Site : http://manicomi.theatre.free.fr/


      Pour lire la suite de l'article, commandez la revue
  • 2. En intervention : les clowns en milieu de soins

  • Avec le clown, rester vivant jusqu’à la mort.

    Avec le clown, rester vivant jusqu’à la mort
    "Oser jouer avec ce qui est là"
    Bertil SYLVANDER (Bataclown)

    Symphorine et Justin poussent lentement la porte et se retrouvent dans une chambre sombre et silencieuse. Jocelyne est allongée sur son lit, tout près de l’entrée. Les clowns s’approchent. Une musique slave baigne l’atmosphère et nous voici transportés dans l’hiver et les montagnes russes… Justin entonne doucement un chant slave… L’animatrice avait prévenu : Jocelyne a les yeux fermés. Elle est dans son monde. Pour combien de temps en a-t-elle ?

    Après un moment, les clowns vont vers l’autre lit, celui de Mme Flamant et jouent avec les fleurs de son dessus de lit. A ce moment, Jocelyne, qui avait l’air si endormie il y a quelques secondes encore, lève la tête lentement et regarde le jeu des clowns… Voilà. Ca suffit. L’intérêt est là et bien là. Jocelyne est vivante et s’intéresse au monde. Cette histoire de Russie et de fleurs l’a peut-être intriguée ? Que s’est-il passé dans sa tête ? En tous cas, elle est là, avec nous.

    ©Jiho

    Cette situation, vécue par tant de clowns hospitaliers, nous l’avons vécue récemment lors d’un stage "Clown en milieux de soins", dans le cadre d’un Centre Hospitalier – EPHAD*. Elle témoigne d’une simple réalité : jusqu’aux derniers moments de la vie, la vie est pleinement là. Le jeu des clowns en témoigne et l’encourage. Il faut la voir, y croire et en jouer. C’est là l’enjeu principal des gens concernés, résidents et familles, des personnels et bien sûr des clowns…
    * Ce stage a eu lieu en décembre 2014 dans un établissement hospitalier, avec 10 acteurs clowns actifs dans ce secteur. Il était co-animé par P. Gondebeaud et B. Sylvander, du Bataclown. On ne peut évidemment pas, dans le cadre de cet article, rendre compte de toute la richesse humaine des échanges de la semaine. Le lecteur voudra bien les imaginer, tout au long des exemples résumés racontés ici. Un grand merci aux patients et résident, ainsi qu’aux acteurs qui se reconnaîtront et dont j’ai préservé l’anonymat. Quant aux noms des résidents, ils ont bien sûr été modifiés.

    Contact : Bataclown - www.bataclown.com


      Pour lire la suite de l'article, commandez la revue
  • Bâtir des ponts entre des mondes différents

    Empathiclown artistique et social.
    Denis BERNARD et Julie KERBAGE (Empathiclown)

    Empathiclown

    Denis Bernard, metteur en scène et clown, créé en 2010 l’asbl Empathiclown qui accompagne des projets artistiques dans le secteur social en Belgique. La qualité d’empathie du clown, sa sensibilité et son esprit joueur sont mis au service de la rencontre avec des personnes fragilisées.

    Julie Kerbage rejoint le projet en 2012. Actuellement, ils interviennent auprès de personnes âgées atteintes de la maladie d’Alzheimer au Home Nursing Saint Joseph à Herseaux, auprès d’adolescents autistes profonds à l’Ecole l’Etincelle à Ere, auprès d’adultes du Service revalidation neurologique de l’Hôpital Brugmann à Bruxelles, enfin en rue à Charleroi auprès de sans-abris en collaboration avec le service Carolo Rue.

    Sur base d’écoute et d’improvisation, les clowns sollicitent les sens, l’affectif, l’imaginaire des personnes rencontrées. Dans cet échange privilégié, unique et intime, ils tentent de recréer du lien entre la personne et elle-même, et son entourage.

    Contact : www.empathiclown.be


    Les intervenants

    Les intervenants sont des comédiens-clowns professionnels formés dans des écoles supérieures aux arts de la scène.

    Denis Bernard est clown, metteur en scène et animateur théâtral.
    Il a été formé en mise en scène à l’INSAS à Bruxelles et au clown à l’Ecole Philippe Gaulier à Londres. Il a longtemps travaillé au Portugal où il enseignait le jeu dramatique à l’E.S.M.A.E. (Ecole Supérieurs des Arts du Spectacle de Porto). Depuis son retour en Belgique en 2008, il choisit d’ancrer sa démarche artistique dans le domaine social tout en continuant des projets de créations.

    Julie Kerbage est comédienne-clown.
    Elle a suivi les formations professionnelles du comédien de l’Actea compagnie dans la cité, de l’Ecole des apprentis comédiens du CDN de Normandie et de l’Atelier Volant du Théâtre National de Toulouse en France. Elle travaille d’abord comme comédienne-chanteuse et se consacre par la suite à l’art du clown. Elle se forme auprès de Pina Blankevoort, Bonaventure Gacon, Martine Dupé, Norman Taylor (…) et apprend énormément sur le terrain auprès du public. Souhaitant explorer le clown en dehors des théâtres et le faire exister dans des lieux où vivent des personnes en état de fragilité, Julie rejoint la démarche d’Empathiclown. En parallèle de ce projet, elle est actuellement en création d’un "seule en scène"

    Contact : http://juliekerbage.blogspot.be/


      Pour lire la suite de l'article, commandez la revue
  • Les Envolées, clowns des passages…

    Sous le regard de l’accompagnant médiateur
    Pascale GONDEBEAUD et Agnès BUFFET (Les Envolées)

    Les Envolées

    Les Envolées, clowns en milieu de soins, portent bien leur nom. Il est vrai que les moments de jeu autour du thème du "passage" sont fréquents et que la symbolique des oiseaux, passereau ou phœnix, les inspire. Ils ont souvent des plumes dans leurs sacoches !

    Entre passage pas sages et passages sages, des histoires de rencontre, parfois ultime, se jouent sans qu’on le sache, tout en le sachant trop bien. Autant l’acteur-clown est sur le fil du jeu, entre jeu et réalité, autant ce personnage, à qui il donne vie, flirte en équilibre entre rire et larme, entre légèreté et profondeur, entre éphémère et traces durables insoupçonnées.


    Les Envolées

    Les Envolées ont été créées en 2007 au sein de la Compagnie la Volière en région toulousaine. Cinq comédiens - Agnès Buffet (Targette), Catherine Charpin, Pascale Gondebeaud (Prunelle), Pierre Moryousef, Eric Pionnier (Azimut) - interviennent de façon régulière, en duo de clowns, en gériatrie auprès des personnes âgées dépendantes dites "empêchées". Ils apportent, par leur jeu relationnel, de la poésie, du sens nouveau, du décalage. Leur jeu, in situ, avec ce qui est présent*, pose un autre regard sur l’environnement monotone et lissé par le quotidien, pour les patients-résidents, le personnel soignant ainsi que les familles.

    * Dans ce sens, voir l’article de Bertil Sylvander p.18 de ce numéro ("Osez jouer avec ce qui est là").
    Bibliographie :
    Gondebeaud P. et Pionnier E, (2010), Que fait le clown en milieu de soins ?, Culture Clown n°17
    De Hennezel M., L’amour ultime, LGF, 1997

    Contact : Les Envolées de la Compagnie La Volière. envolees chez gmail.com
    Web : www.lesenvolees.com


      Pour lire la suite de l'article, commandez la revue
  • La vie jusqu’au bout de la vie

    L’impact du clown en milieu palliatif *
    Nathalie GRIVEL (Association Clown To Care)

    Association Clown To Care

    Infirmière hospitalière pendant de nombreuses années, j’ai aimé évoluer dans des domaines différents. C’est seulement a posteriori que je réalise mes choix : la mort rôdait… Cardiologie, soins intensifs, pneumologie et chirurgie thoracique, urgences, gériatrie, tout cela dans un savant mélange inconscient "d’accompagner vers" et "de lutter contre". Néanmoins, très tôt dans ma carrière, je me suis questionnée sur la finitude et à chaque fois que j’étais confrontée à la mort, cela provoquait chez moi, un extraordinaire élan de vivre intensément.

    Suite à un bilan de compétences, la route à suivre m’est apparue : je suis devenue clown de théâtre professionnelle. Ce clown-là est un être rempli de générosité et d’authenticité. Il est en interaction avec le monde au travers de ses émotions.

    ©Jiho

    "On aime ce clown parce qu’il est sympathique, transparent et qu’il croit. Il a deux atouts essentiels : un esprit simple et un cœur généreux." (Bonange & Sylvander**). Cela fait maintenant quatre ans que j’ai quitté les soins infirmiers et que j’enseigne les bases du métier de "soignant" à la Croix Rouge. L’expression du clown, personnage authentique, habité de ses fragilités et de son humanité, drôle et attachant, va me permettre de partir à la rencontre de patients vulnérables, et sans doute d’une grande force face à leur propre fragilité.

    * Article mis en forme par Claire Oudart à partir du Mémoire de Nathalie Grivet : Mémoire de CAS - Certificate of Advanced Studies - en éthique et spiritualité dans les soins, Université de Fribourg, juin 2014.
    ** Bonange, J.-B., & Sylvander, B. (2012). Voyage sur la diagonale du clown. L’Harmattan.


    Clown To Care

    L’Association Clown To Care a vu le jour à l’initiative de Nathalie Grivel, infirmière, formatrice d’adultes et clown professionnelle. Dans le cadre d’un mémoire universitaire, elle a mené une réflexion sur l’impact du clown en milieu palliatif adulte.

    Les résultats de cette étude démontrent clairement des bénéfices sur le mieux- être de patients en fin de vie. L’état d’anxiété et de dépression lié à cette douloureuse période de vie diminue. Les patients se décentrent de leur maladie pour retrouver sourires et joie dans leurs yeux. Notre objectif est de pouvoir démontrer l’utilité du clown en milieu palliatif, et proposer sa présence dans les institutions romandes de soins spécialisés.

    Contact : Clown To Care (Vevey Suisse) - clowntocare chez gmail.com
    Web : www.clowntocare.ch


      Pour lire la suite de l'article, commandez la revue
  • Vivre et mourir sous les Neztoiles

    Regards croisés sur une pratique entre le clown et le soin, entre l’art et le processus de transformation au seuil de la mort.

    Amener le merveilleux dans le tragique

    Auto-interview de Sandra MEUNIER (fondatrice des Neztoiles)

    Sandra MEUNIER

    En 2002, Sandra Meunier, clown et art-thérapeute commence son travail à l’hôpital en Ile de France avec son personnage elfique "Anabelle", consistant à amener de l’apaisement et de la joie auprès des adultes hospitalisés, tout d’abord en Neurologie puis en Gériatrie, en Soins Palliatifs, Oncologie… En 2005, elle crée le Clown Sympathique-Empathique devenu en 2012 l’association Neztoiles et travaille essentiellement en soins palliatifs pour adultes en fin de vie.

    Sa pratique évoluant, Sandra Meunier cherche à se différencier des clowns hospitaliers en créant le concept de Neztoiles, l’art -soignant centré sur la joie. Dès 2007, elle transmet sa pratique à d’autres. Huit neztoiles sont actuellement prêtes à intervenir en Centres de soins dans différentes régions de France.

    Capucine rend visite à Lucie

    Adeline TAILLANDIER

    Adeline TAILLANDIER

    Sous les traits de Capucine, je fais un atterrissage au centre de Cancérologie Henri Becquerel ; Lucie, 25 ans est hospitalisée en soins palliatifs. Elle m’a vu passer dans le couloir. Kate, l’éducatrice, me dit qu’elle a envie de me voir... Oh oui moi aussi ! Nous y voilà ! Je frappe et j’entre…

    Le grand voyage…

    Emmanuel CLAIR (Uonam)

    Emmanuel CLAIR

    Oh que je suis encore émerveillé d’être parti au pays des lutins, d’y avoir entraîné Etienne, qu’il m’y ait précédé ! Nous avons fait un magnifique parcours d’une heure et quart, sans faille, en douceur, dans une vérité et une lumière aveuglantes pour un humain !Je suis entré à 17 h comme prévu par la fenêtre de sa chambre. Cela a déstabilisé Etienne, il ne s’y attendait pas. Annie, sa femme, avait ouvert la crémone, et dégagé la tablette, puis elle avait pris soin de tirer légèrement la porte de sa chambre. Il lisait. Sur l’instant, il ne m’a pas vu, puis il a tourné la tête, sûrement à cause du froid qui entrait. Il m’a vu et a souri d’étonnement ! Je lui ai dit doucement avec ma voix de petit garçon, de petit lutin "Bonjour Etienne !". Je suis entré puis tout de suite il a voulu voir la matière des boutons de ma chemise.


      Pour lire la suite de l'article, commandez la revue
  • 3. Autres regards sur l’entre-deux

  • Clowns face au monstre de la violence en Colombie

    Pour passer des larmes aux rires

    Ana Milena VELASQUEZ ANGEL (Professeur à l’ Université d’Antioquia, Colombie)

    Il est fondamental de comprendre que c’est le contexte particulier de la Colombie qui a incité le clown à renaître dans plusieurs domaines : les clowns de la thérapie du rire à l’hôpital, les clowns humanitaires, les clowns "héros", les clowns du cirque social et les formations de clowns dans le contexte universitaire. Le surgissement d’une grande quantité d’artistes clowns acteurs sociaux est lié à la préoccupation d’agir pour la population enfantine et jeune du pays. La combinaison de la pauvreté, la guerre urbaine, le conflit armé et le trafic illégal de drogues a dévasté la jeunesse colombienne et la population en général. Cela a abouti à une militarisation croissante de la société. La guerre en Colombie est aussi une guerre contre les enfants. Les jeunes sont forcés d’entrer dans les rangs des groupes combattants, marqués et expulsés des foyers. Toutes les parties du conflit sont responsables de la mort, de la mutilation d’enfants et de petites filles. Les enfants subissent aussi des morts violentes comme résultat de la culture de délinquance et de violence qui a évolué en Colombie en grande partie à cause du lien entre le conflit armé, le trafic illégal de drogues et la prolifération d’armes. Le groupe Pasos de payasos (Marche des clowns) s’adresse aux enfants dans les zones de conflit. Le cirque social forme aux techniques de cirque des enfants entourés de violence en banlieue, et certains seront des clowns tels les "clowns héros" qui, sans aucun soutien institutionnel, vont faire rire les enfants victimes du déplacement forcé. Quant à l’université, elle ouvre des programmes de formation pour les clowns*. Tout ceci contribue à une revalorisation des jeunes et des enfants… et à une renaissance de l’art du clown ! * Depuis 2006, l’université d’Antioquia, une des universités les plus importantes d’Amérique latine, offre un "diplôme de clown" : 160 heures de formation pour les personnes qui veulent se qualifier dans l’art clownesque. Depuis, une centaine d’artistes participent à des processus artistiques, culturels et sociaux dans le pays.

    Contact : Ana Velasquez Medellin (Colombie)


      Pour lire la suite de l'article, commandez la revue
  • Le clown, passeur de la mort à la vie

    Un rite initiatique vers d’avantage de vitalité

    Philippe ROUSSEAUX *

    Philippe ROUSSEAUX

    Il n’est pas facile de vivre au quotidien le fait que la douleur et le bonheur, la souffrance et l’amour, l’espérance et l’affliction sont si intimement unis que l’un ne peut exister sans l’autre. Avec le clown, j’éprouve de manière saisissante cette tension vitale et inévitable entre les forces de mort et les forces de vie. Car il ne cesse – sur un registre certes ludique et hautement jouissif – de me faire vivre d’abord un passage, une traversée, une sorte de perpétuel rite initiatique qui me conduit à davantage de vitalité. Il transcende et transforme mes souffrances et mes épreuves en création.

    En clown, ça va souvent mieux quand c’est d’abord pire ! Plus la lumière s’intensifie, plus les ombres sont noires. le clown me conduit ainsi hors des chemins de vie trop molletonnés, capitonnés, ouatés, rembourrés. des chemins que j’ai beaucoup de mal à quitter car ce sont des prisons dorées, diablement confortables. Des chemins qui me font croire que ma vie n’a de sens que si elle me "convient" (réussite, bonheur, santé, richesse…) et qu’elle n’en a plus aucun dans le cas contraire (échec, malheur, maladie, pauvreté…), c’est-à-dire lorsqu’éclatent toutes les baudruches de mes causes "sacrées" qui ne sont que des leurres. Vaste entreprise de destruction de mes idoles, le clown me sauve de cette vision inepte d’une poursuite béate d’un bonheur réduit au bien-être. Car pour le clown "ce qui importe, ce n’est pas d’être bien, c’est de vivre !"**


    * Philippe Rousseaux est enseignant à L’Université de Lorraine, comédien et clown. Sa réflexion porte essentiellement sur les enjeux anthropologiques et théologiques de la pratique du clown.
    ** Cette phrase – parmi les plus belles et les plus fortes que j’aie jamais entendues dans ma déjà longue carrière d’animateur de stages clown – a été laborieusement et douloureusement prononcée sur scène par Ishrann, un stagiaire lourdement handicapé moteur.

    Contact : Philippe Rousseaux - http://lacroixvosgienne.cabanova.com/,
    > Voir sur le site les dates du spectacle "Rien à Faire" écrit par Fabrice Hadjadj et interprété par Philippe Rousseaux.


      Pour lire la suite de l'article, commandez la revue